« À 67 ans, j’aurai le taux plein de toute façon. » Si des trimestres vous manquent, vous comptez peut-être sur la règle du taux plein automatique pour obtenir une meilleure retraite. Est-ce que cela suffit ? Malheureusement, c’est assez rare… En effet, si cette règle supprime une pénalité financière, elle ne remplace pas pour autant les trimestres manquants. Zoom sur le taux plein automatique à 67 ans, une donnée importante de la retraite, mais souvent mal comprise.
Comment votre pension est-elle calculée ?
Pour comprendre ce que change le taux plein automatique, il faut d’abord savoir comment votre caisse de retraite calcule votre pension de base. Rassurez-vous, cela tient en trois étapes :
- Elle calcule votre salaire annuel moyen, c’est-à-dire la moyenne de vos meilleures années de salaire (25 en règle générale)
- Elle applique un pourcentage, appelé taux de liquidation. Au mieux, ce taux est de 50%. C’est le fameux taux plein. Votre objectif est d’obtenir ce 50% !
- Elle multiplie le résultat obtenu par vos trimestres validés, divisés par les trimestres exigés pour votre génération
Concrètement, les trimestres mesurent donc la durée de votre carrière, à raison de 4 au maximum par année travaillée. Selon votre année de naissance, il vous en faut entre 167 et 172, soit environ 42 à 43 ans de carrière.
Calculer le montant de sa pension de base n’est donc pas si compliqué !
Que se passe-t-il quand il vous manque des trimestres ?
Malheureusement, votre retraite est revue à la baisse s’il vous manque des trimestres :
- À l’étape 2, votre taux de liquidation baisse. Cette pénalité s’appelle la décote, à raison de 0,625% par trimestre manquant. Le calcul s’arrête au nombre de trimestres qui vous séparent de vos 67 ans, avec un maximum de 20. Cette baisse s’applique pendant toute votre retraite
- À l’étape 3, votre pension est réduite en proportion. Ainsi, avec 130 trimestres validés sur 172 exigés, vous ne toucheriez que les trois quarts environ d’une pension complète
Par exemple, prenons un départ à 63 ans et 3 mois, avec une carrière de 130 trimestres sur 172 requis selon l’année de naissance. Comme il reste 15 trimestres avant les 67 ans, la décote porte sur ces 15 trimestres. Le taux de liquidation passe donc de 50% à 40,625%. Puis le résultat est encore réduit d’un quart à l’étape 3. Autrement dit, avec des trimestres manquants, c’est la double peine !
Que change le taux plein automatique à 67 ans ?

Si au lieu de partir à 63 ans et 3 mois, vous attendez 67 ans, vous gagneriez automatiquement le taux plein. Ainsi, vous supprimez la première de ces deux pénalités financières. En effet, à 67 ans, votre caisse de retraite vous accorde le taux de liquidation de 50%, quel que soit votre nombre de trimestres. C’est pour cela que l’on parle de taux plein « automatique ».
Dans notre exemple, votre taux de liquidation remonterait donc de 40,625% à 50%. De plus, le taux plein vous apporte deux autres avantages :
- Votre retraite complémentaire est versée sans pénalité. En effet, l’Agirc-Arrco, qui verse cette seconde pension aux salariés du privé, applique elle aussi une baisse définitive en cas de départ sans taux plein
- Vous pourriez avoir droit au minimum contributif. Il s’agit d’un montant plancher, qui relève les pensions de base les plus faibles. Il est réservé aux retraites à taux plein, quand le total de vos retraites ne dépasse pas 1 444,89€ par mois depuis le 1er juin 2026
Le taux plein automatique est donc une très bonne nouvelle pour les carrières incomplètes. Toutefois, vous l’avez sans doute remarqué, il reste une seconde pénalité financière…
Pourquoi votre pension reste-t-elle incomplète à 67 ans ?
Malheureusement, le taux plein automatique agit uniquement à l’étape 2 du calcul. Or, à l’étape 3, votre pension reste calculée en proportion de vos trimestres validés. Autrement dit, à 67 ans, vous avez bien le taux de 50%… mais toujours 130 trimestres sur 172. Taux plein ne veut donc pas dire retraite pleine.
Pour bien mesurer la différence, reprenons notre exemple avec un salaire annuel moyen de 20 000€ :
- En partant à 63 ans et 3 mois, votre pension de base serait d’environ 512€ brut par mois, avec les deux pénalités
- En partant à 67 ans, elle passerait à environ 630€ brut par mois, grâce au taux plein automatique
- Avec une carrière complète de 172 trimestres, elle atteindrait environ 833€ brut par mois
Concrètement, attendre 67 ans vous ferait donc gagner près de 120€ par mois. Ce qui n’est pas rien, mais il vous manquerait encore environ 200€ par mois par rapport à une carrière complète.
Et malheureusement, les deux autres avantages du taux plein ne comblent pas cet écart :
- Le minimum contributif est lui aussi calculé en proportion de vos trimestres validés
- Votre retraite complémentaire dépend de vos points. Or, ces points viennent surtout de vos salaires passés. Une carrière incomplète en donne donc moins
Vous l’aurez compris, le taux plein automatique supprime la décote, mais pas la seconde pénalité financière liée à la durée de votre carrière. Les trimestres manquants se font donc encore sentir.
Comment récupérer des trimestres avant vos 67 ans ?
Puisque la seconde pénalité financière dépend de vos trimestres manquants, la seule solution est d’en valider davantage. Pour cela, deux possibilités simples s’offrent à vous :
- Continuer à travailler. Chaque année travaillée vous apporte jusqu’à 4 trimestres. Dans notre exemple, travailler de 63 ans et 3 mois à 67 ans ajouterait 15 trimestres, soit 145 sur 172. À salaire annuel moyen égal, votre pension de base passerait alors d’environ 630€ à 700€ brut par mois. À l’inverse, attendre 67 ans sans travailler n’apporterait aucun trimestre
- Vérifier votre relevé de carrière. Ce document, disponible sur le site Info-retraite, liste vos trimestres et vos salaires, année par année. Or, il arrive qu’il comporte des oublis, comme un emploi de jeunesse, une période de chômage ou un congé maternité. Dans ce cas, demandez la correction à votre caisse de retraite avant de déposer votre demande de retraite
Bref, à 67 ans, le taux plein est garanti, ce qui est bien, mais peut ne pas suffire pour les carrières les plus hachées. Toutefois, dans tous les cas, votre responsabilité est de vérifier votre relevé de carrière à la recherche de trimestres perdus !