Comment est calculée la 2ème pension en cumul emploi-retraite ?

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Vous travaillez après votre départ à la retraite, vous cotisez chaque mois, et vous vous demandez ce que ça va vraiment vous rapporter. La bonne nouvelle : depuis la réforme des retraites de 2023, ces cotisations ne partent plus dans le vide. Une seconde pension est désormais possible. La mauvaise nouvelle : son calcul obéit à des règles précises, souvent méconnues, parfois mal expliquées par les caisses elles-mêmes. Avant de formuler la moindre demande, voici ce qu’il faut comprendre.

Ce que la réforme de 2023 a vraiment changé pour les retraités qui travaillent

Pendant des décennies, travailler après la retraite dans le cadre d’un cumul emploi-retraite intégral revenait à cotiser à fonds perdus. Aucun droit supplémentaire, aucune pension additionnelle. La réforme portée par la loi du 14 avril 2023 a rompu avec cette logique. Depuis le 1er septembre 2023, les retraités qui reprennent une activité dans les conditions du cumul emploi-retraite libéralisé peuvent acquérir de nouveaux droits et prétendre à une deuxième pension de retraite. Les cotisations versées à partir du 1er janvier 2023 sont prises en compte dans ce calcul.

C’est une révolution discrète. Peu médiatisée, insuffisamment expliquée dans les communications officielles, cette mesure concerne pourtant des centaines de milliers de retraités actifs. Ce changement ne s’applique qu’au cumul emploi-retraite intégral, et non au cumul plafonné : une distinction fondamentale que nous allons détailler immédiatement.

Les conditions à réunir pour déclencher ce droit

Toutes les personnes en cumul emploi-retraite ne sont pas éligibles à cette seconde pension. Le dispositif est réservé à celles qui sont en cumul intégral, c’est-à-dire sans plafond de revenus. Pour y accéder, trois conditions doivent être réunies simultanément :

  • Avoir liquidé l’ensemble de ses régimes de retraite obligatoires, de base et complémentaires, en France et à l’étranger.
  • Avoir obtenu sa retraite à taux plein, soit en réunissant le nombre de trimestres requis selon sa génération, soit en partant à 67 ans, âge auquel le taux plein est accordé automatiquement.
  • Respecter un délai de carence de 6 mois entre la date de départ à la retraite et la reprise d’activité, si celle-ci a lieu chez le dernier employeur. Ce délai ne s’applique pas aux assurés ayant liquidé leur pension avant le 15 octobre 2023.
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Le cumul partiel, lui, reste inchangé : les cotisations versées dans ce cadre n’ouvrent aucun nouveau droit. Deux décrets du 10 août 2023 sont venus préciser les modalités concrètes de calcul et de liquidation de cette seconde pension. Ce sont ces textes qui définissent les règles que nous allons maintenant décrypter.

Comment se calcule concrètement la 2ème pension de base

La seconde pension de retraite de base se calcule selon des règles proches de celles appliquées à la première liquidation, avec des spécificités notables. Seuls les trimestres cotisés issus d’une activité professionnelle réelle sont retenus pour cette nouvelle pension. Et contrairement à la première retraite, le taux plein s’applique automatiquement, sans condition de durée d’assurance supplémentaire à remplir.

Le tableau suivant résume les principales différences entre le calcul de la première et de la seconde pension :

Critère1ère pension2ème pension (CER)
Base de calcul25 meilleures années (SAM)Revenus d’activité depuis janvier 2023
Trimestres retenusTous trimestres validésTrimestres cotisés uniquement (activité pro)
Taux appliqué50 % si taux plein, sinon décoteTaux plein automatique (50 %)
Plafond de pension50 % du PASS (23 550 € en 2025)5 % du PASS (2 355 € brut/an en 2025)
Majorations possiblesSurcote, majoration enfantsAucune majoration ni supplément

Ce plafond de 5 % du PASS est souvent la douche froide pour ceux qui s’attendaient à une pension substantielle. En 2025, cela représente 2 355 € bruts par an, soit environ 196 € bruts par mois. En 2026, ce plafond monte légèrement à 2 403 € bruts par an. Rien de mirobolant, mais c’est un complément de revenus réel, garanti à vie, qui vient s’ajouter à la première pension sans en modifier le montant.

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Ce que l’Agirc-Arrco calcule différemment pour la retraite complémentaire

La retraite de base n’est qu’une partie du tableau. Les salariés du secteur privé en cumul emploi-retraite intégral peuvent également acquérir de nouveaux droits auprès de l’Agirc-Arrco, le régime de retraite complémentaire des salariés. Mais le mécanisme fonctionne différemment.

Seules les cotisations versées sur la tranche 1, c’est-à-dire celles assises sur les rémunérations n’excédant pas le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (PASS, soit 47 100 € en 2025), génèrent de nouveaux points de retraite. Les cotisations de la tranche 2, qui s’appliquent à la fraction de rémunération allant de 1 à 8 PASS, n’ouvrent quant à elles aucun droit nouveau. Concrètement, pour un salarié rémunéré au niveau du PASS, la seconde pension complémentaire représente environ 260 € par année de cumul emploi-retraite. Les points ainsi acquis sont liquidables depuis le 1er janvier 2024, les cotisations prises en compte remontant au 1er janvier 2023.

Quand et comment demander la liquidation de cette 2ème pension

La seconde pension ne se déclenche pas automatiquement. Il faut en faire la demande, et c’est là que les choses se compliquent parfois. La demande de liquidation doit être adressée au régime de base dont vous relevez au titre de votre nouvelle activité, via un formulaire dédié, distinct de celui utilisé lors de la première liquidation. La caisse destinataire est ensuite tenue de transmettre cette demande aux autres régimes concernés.

Soyons honnêtes sur ce point : plusieurs retraités ont rapporté des délais anormalement longs et des réponses contradictoires de la part des agents des caisses, notamment à la CARSAT et à la CNAV. Des personnes ayant déposé leur dossier fin 2024 attendaient encore un traitement plusieurs mois plus tard, les agents invoquant l’absence de circulaire précise ou un « feu vert ministériel » jamais arrivé. Ce n’est pas une exception, c’est un problème structurel lié à la nouveauté du dispositif.

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Un point à ne jamais perdre de vue : la liquidation de la seconde pension est définitive et irrévocable. Si vous reprenez une activité après cette deuxième liquidation, vous ne pourrez plus constituer de nouveaux droits à la retraite dans les régimes de base. Il n’existe pas de troisième pension.

Les erreurs à ne pas commettre avant de faire votre demande

Avant de vous lancer dans la démarche, plusieurs pièges méritent d’être signalés clairement. Le premier concerne la confusion entre cumul partiel et cumul intégral : si vous êtes sous le régime du cumul plafonné, aucune cotisation ne génère de nouveaux droits, quelle que soit la durée de votre activité. Vérifiez votre situation avant toute chose.

Le deuxième piège est chronologique. Ne demandez pas la liquidation de votre seconde pension trop tôt si vous êtes encore en activité : attendez d’avoir cessé cette activité, puisque la liquidation marque la fin définitive de l’acquisition de nouveaux droits. Chaque trimestre supplémentaire cotisé avant la demande peut améliorer le montant de votre pension complémentaire Agirc-Arrco. Quelques précautions concrètes s’imposent :

  • Simuler votre situation en amont sur info-retraite.fr, qui propose un parcours dédié au cumul emploi-retraite.
  • Ne pas vous fier uniquement aux informations obtenues par téléphone auprès des caisses, les réponses pouvant varier d’un agent à l’autre.
  • Vérifier que l’ensemble de vos régimes obligatoires ont bien été pris en compte, y compris les régimes étrangers si vous avez travaillé à l’étranger.
  • Anticiper un délai de traitement potentiellement long et conserver une copie de toutes vos pièces justificatives.

Travailler après la retraite ne devrait pas être une loterie. Mais pour ne pas jouer à l’aveugle, encore faut-il savoir exactement ce qu’on joue.

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