Vous avez entendu parler d’une augmentation de retraite, peut-être par un ami, un courrier, ou un titre de presse, et vous vous demandez si vous êtes concerné. C’est une question légitime, parce que la réalité est plus complexe qu’on ne le dit souvent : tout le monde ne perçoit pas la même retraite complémentaire, et tout le monde ne bénéficie pas des mêmes revalorisations. Selon votre statut professionnel passé, les règles changent du tout au tout. Voici ce qu’il faut vraiment savoir.
La retraite complémentaire, c’est quoi exactement ?
La retraite ne se résume pas à un seul versement. Elle se compose de deux parties distinctes : la retraite de base, versée par la Sécurité sociale (ou un régime équivalent selon votre profession), et la retraite complémentaire, gérée par des organismes séparés selon votre statut. Ce n’est pas un bonus facultatif. C’est un droit que vous avez construit en cotisant tout au long de votre carrière.
Le mécanisme repose sur un système à points : chaque année d’activité vous rapporte des points, selon le montant de vos cotisations. Au moment du départ en retraite, ces points sont convertis en pension grâce à une valeur de point fixée annuellement. C’est précisément cette valeur de point qui est revalorisée, ou non, chaque année. Et c’est là que les situations divergent fortement d’un retraité à l’autre.
Qui cotise à quel régime complémentaire ?
Le régime complémentaire auquel vous avez cotisé dépend entièrement de votre statut professionnel durant votre vie active. Un ancien salarié du privé, un fonctionnaire, un agriculteur ou un médecin libéral ne relèvent pas du même organisme, et ne sont donc pas soumis aux mêmes règles de revalorisation. Voici un aperçu synthétique de cette répartition :
| Statut professionnel | Régime complémentaire | Organisme gestionnaire |
|---|---|---|
| Salarié du secteur privé | Agirc-Arrco | Partenaires sociaux (syndicats et patronat) |
| Fonctionnaire contractuel (non titulaire) | IRCANTEC | Caisse des dépôts |
| Fonctionnaire titulaire / militaire | RAFP (retraite additionnelle) | ERAFP |
| Agriculteur / chef d’exploitation | RCO (Retraite Complémentaire Obligatoire) | MSA |
| Artisan / commerçant / indépendant | RCI (régime complémentaire des indépendants) | CPSTI |
| Professions libérales | Variable selon la profession | CIPAV, CARMF, CNBF, etc. |
Chaque régime a ses propres règles de revalorisation, ses propres réserves financières, et ses propres décideurs. C’est pourquoi une hausse annoncée pour les salariés du privé ne signifie pas automatiquement une hausse pour tout le monde.
Les salariés du privé : les grands bénéficiaires de la revalorisation Agirc-Arrco
Près de 14 millions de retraités perçoivent une pension complémentaire versée par l’Agirc-Arrco, le régime issu de la fusion en 2019 de l’Agirc (cadres) et de l’Arrco (non-cadres). C’est le régime complémentaire le plus important en France, et celui dont on parle le plus lors des revalorisations annuelles. Au 1er novembre 2024, le conseil d’administration a décidé d’une hausse de +1,6 % de la valeur du point. Concrètement, pour une pension complémentaire de 800 € brut par mois, cela représente une augmentation de 12,80 €, soit 153,60 € supplémentaires sur l’année.
Ce que peu d’articles mentionnent : cette revalorisation s’est doublée d’une mesure importante pour de nombreux retraités partis avant 2024. Le malus temporaire de 10 % appliqué sur les pensions de ceux qui avaient liquidé leur retraite à taux plein dès l’âge légal a été définitivement supprimé au 1er avril 2024. Des milliers de retraités ont ainsi récupéré la totalité de leur pension complémentaire, sans aucune démarche à effectuer. L’augmentation est automatique, appliquée directement par les caisses.
Les cas particuliers : fonctionnaires, agriculteurs et indépendants
Ces trois profils sont souvent les oubliés des grands titres sur la retraite complémentaire. Pourtant, les évolutions qui les concernent sont loin d’être anecdotiques. Les fonctionnaires titulaires ne cotisent pas à l’Agirc-Arrco. Leur retraite de base n’étant pas plafonnée, ils n’ont pas de complémentaire au sens traditionnel du terme. En revanche, les agents contractuels (non titulaires) cotisent à l’IRCANTEC, revalorisé de +2,2 % au 1er janvier 2025. Quant à la RAFP, caisse additionnelle des fonctionnaires titulaires, son point a été revalorisé de +4 % à la même date.
Du côté des agriculteurs, une avancée majeure est souvent passée sous les radars : depuis le 1er janvier 2025, la pension minimale garantie aux chefs d’exploitation ayant effectué une carrière complète a été portée de 75 % à 85 % du SMIC net agricole, soit 1 200,26 € brut par mois. Cette revalorisation est automatique, sans démarche, dès lors que toutes les retraites obligatoires ont été liquidées. Les artisans et commerçants affiliés au CPSTI ont bénéficié d’une hausse de +3,7 % au 1er janvier 2024. Et dès 2027, un complément différentiel sera mis en place pour garantir à ces travailleurs indépendants une retraite minimale équivalente à 85 % du SMIC net, dans les mêmes conditions qu’un chef d’exploitation agricole.
Les retraités modestes : une augmentation supplémentaire ciblée
Au-delà des revalorisations annuelles applicables à tous, la réforme des retraites de 2023 a introduit une mesure spécifique pour les petites pensions, distincte des hausses générales. Ce dispositif vise ceux qui ont cotisé toute leur vie sur de petits salaires, souvent dans des secteurs peu valorisés, et dont la pension ne reflétait pas l’effort fourni. Pour en bénéficier, plusieurs conditions cumulatives doivent être remplies :
- Avoir accompli une carrière complète d’au moins 120 trimestres cotisés, sans compter les trimestres validés au titre du chômage ou de la maladie
- Percevoir une pension de base inférieure à 847,57 € par mois, majoration incluse
- Toucher un total de retraites (base + complémentaire) inférieur à 1 352,23 € par mois
Pour les retraités éligibles, un versement rétroactif d’environ 600 € brut a été versé en septembre 2024, correspondant au rattrapage depuis septembre 2023. La pension mensuelle a ensuite été majorée d’environ 51 € brut pour les affiliés au régime général. Aucune démarche n’est nécessaire : un courrier d’information a été envoyé aux bénéficiaires, et le versement a été appliqué automatiquement. Ceux qui ont trimé toute leur vie sur des salaires modestes méritaient cette correction. Elle arrive tard, mais elle est réelle.
En 2025 et 2026 : qui touchera quoi et à partir de quand ?
La situation en 2025 mérite d’être dite clairement, sans détour. Pour les retraites de base (CNAV, MSA, CNRACL), une revalorisation de +2,2 % a été appliquée au 1er janvier 2025, avec un premier versement effectif en février 2025. L’ASPA (anciennement minimum vieillesse) a elle aussi été revalorisée, passant à 1 034,28 € par mois pour une personne seule. En 2026, les retraites de base ont été augmentées de +0,9 % au 1er janvier.
Pour les salariés du privé, la nouvelle est moins favorable. Lors de la réunion du 17 octobre 2025, le conseil d’administration de l’Agirc-Arrco n’est pas parvenu à un accord sur le niveau de revalorisation. Les organisations patronales proposaient 0,2 %, les syndicats réclamaient au moins 0,6 %, conformément à la règle de l’accord national interprofessionnel de 2023. Résultat : aucune revalorisation au 1er novembre 2025. C’est une première depuis une trentaine d’années. Près de 14 millions de retraités du privé ont vu leur complémentaire rester figée, alors que leurs charges, elles, continuaient d’augmenter. Les syndicats envisagent désormais un recours en justice pour obtenir un rattrapage.
Faut-il faire une démarche pour toucher l’augmentation ?
Dans la grande majorité des cas, non. Les revalorisations sont appliquées automatiquement par les caisses, qu’il s’agisse de la retraite de base ou complémentaire. Vous n’avez rien à signer, rien à envoyer, rien à réclamer. La hausse apparaît directement sur votre relevé de pension au mois concerné.
Il existe cependant des exceptions à surveiller. Certains retraités dont les dossiers anciens, antérieurs à 2009, ont dû être reconstitués manuellement ont pu subir des retards dans l’application des revalorisations. La rétroactivité est garantie : les sommes dues sont versées en une fois, mais le délai peut être déconcertant. Si vous avez un doute sur votre situation, le réflexe à adopter est de consulter votre relevé de carrière sur info-retraite.fr, qui centralise l’ensemble de vos droits. Une vérification annuelle, même rapide, peut éviter de passer à côté d’une rectification qui vous est due.
Votre pension devrait au minimum suivre le coût de la vie. Ce n’est pas un privilège, c’est la promesse sur laquelle repose tout le système. Quand elle n’est pas tenue, comme en 2025 pour les salariés du privé, ce n’est pas une anomalie technique : c’est un choix politique.