Vous approchez de la retraite, et autour de vous tout le monde parle d’une « prime ». Votre collègue l’a touchée, votre beau-frère assure qu’Agirc-Arrco verse quelque chose, et vous, vous ne savez toujours pas si vous y avez droit ni combien vous pouvez espérer. Ce flou n’est pas un hasard : il règne parce que plusieurs mécanismes distincts portent à peu près le même nom, sans que personne ne prenne vraiment le temps de les démêler. Faisons-le ensemble, sans jargon inutile.
Ce que la plupart des salariés confondent (et qui coûte cher)
Mettons les choses au clair dès maintenant : Agirc-Arrco ne verse aucune prime de départ. Ce régime gère votre retraite complémentaire par points, celle qui s’ajoute à la pension du régime général. La « prime » dont tout le monde parle, c’est en réalité une indemnité de départ versée par votre employeur, encadrée par le Code du travail, parfois améliorée par une convention collective. Deux choses bien différentes, deux verseurs bien différents.
Cette confusion n’est pas anodine. Des salariés partent à la retraite sans avoir réclamé leur indemnité, pensant qu’elle arriverait automatiquement d’Agirc-Arrco. D’autres, à l’inverse, s’imaginent recevoir une somme généreuse de leur caisse complémentaire, et se retrouvent déçus. Savoir qui doit quoi, et à quelle condition, c’est déjà protéger votre argent.
Qui peut bénéficier de cette prime ?
Pour prétendre à l’indemnité légale de départ à la retraite, trois conditions cumulatives s’imposent. Vous devez être salarié du secteur privé, avoir atteint l’âge légal de départ (entre 62 et 64 ans selon votre année de naissance), avoir effectué la demande de liquidation de l’ensemble de vos pensions, et compter au minimum 10 ans d’ancienneté dans votre entreprise. Les fonctionnaires, les travailleurs indépendants et les professions libérales réglementées ne sont pas concernés par ce dispositif.
Le seuil des 10 ans est un couperet net : partir avec 9 ans et 11 mois d’ancienneté, c’est repartir les mains vides sur le plan légal. Certaines conventions collectives prévoient heureusement des seuils plus bas, parfois dès 2 ans d’ancienneté dans des secteurs comme le BTP, la métallurgie ou le commerce de gros. Voici ce que prévoit la loi en fonction de votre ancienneté :
| Ancienneté dans l’entreprise | Montant légal de l’indemnité (départ volontaire) |
|---|---|
| Moins de 10 ans | Aucune indemnité légale |
| Entre 10 et 15 ans | 1/2 mois de salaire de référence |
| Entre 15 et 20 ans | 1 mois de salaire de référence |
| Entre 20 et 30 ans | 1,5 mois de salaire de référence |
| 30 ans et plus | 2 mois de salaire de référence |
Comment fonctionne le système de points Agirc-Arrco
Chaque mois, une fraction de votre salaire brut, combinée à la cotisation de votre employeur, est convertie en points de retraite complémentaire. Ces points s’accumulent tout au long de votre carrière et constituent le capital sur lequel reposera votre pension complémentaire le jour de votre départ. Plus vous cotisez longtemps, plus vous accumulez de points, et plus votre pension mensuelle sera élevée.
Le fonctionnement repose sur deux valeurs clés. Le prix d’achat du point (appelé salaire de référence) est fixé à 20,1877 € en 2026 : c’est ce qu’il faut verser, cotisations salariales et patronales confondues, pour acquérir un point. La valeur de service du point, elle, est fixée à 1,4386 € par an depuis le 1er novembre 2024, et reste inchangée au moins jusqu’au 1er novembre 2026. Concrètement, un salarié qui a accumulé 2 000 points au cours de sa carrière touchera 2 000 x 1,4386 = 2 877,20 € de pension complémentaire annuelle, soit environ 239,77 € par mois.
Le montant de la prime : ce que dit vraiment la loi
Le calcul de l’indemnité de départ volontaire repose sur un salaire de référence que la loi vous permet de choisir selon la formule la plus avantageuse : soit la moyenne des rémunérations brutes des 12 derniers mois, soit le tiers des 3 derniers mois (avec les primes annuelles prises en compte au prorata). Si vous avez été augmenté récemment, la seconde option sera probablement plus favorable. C’est votre droit de l’exiger.
Pour les salariés ayant alterné temps plein et temps partiel, l’indemnité est calculée proportionnellement aux périodes effectuées dans chaque modalité, afin de respecter le principe d’égalité. Mais le point qui fait réellement la différence, et que trop peu de salariés vérifient avant de signer, c’est leur convention collective. Certaines prévoient des montants deux, trois, voire quatre fois supérieurs au minimum légal. Ne pas consulter sa convention collective avant de partir, c’est potentiellement laisser plusieurs milliers d’euros sur la table.
Départ volontaire ou mise à la retraite : une différence qui change tout
La distinction entre partir de soi-même et être mis à la retraite par son employeur est fondamentale, car elle détermine non seulement le montant de l’indemnité, mais aussi son traitement fiscal et social. Lorsque c’est l’employeur qui prend l’initiative (mise à la retraite, possible à partir de 67 ans avec l’accord du salarié, et sans accord dès 70 ans), l’indemnité obéit à la même grille que l’indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois de salaire par année d’ancienneté pour les 10 premières années, puis 1/3 de mois par année à partir de la 11e. C’est considérablement plus généreux que le barème du départ volontaire.
Le régime fiscal diffère aussi radicalement. L’indemnité de départ volontaire est traitée comme un salaire ordinaire : soumise aux cotisations sociales, à la CSG, à la CRDS et à l’impôt sur le revenu dans leur intégralité. L’indemnité de mise à la retraite bénéficie d’une exonération partielle de cotisations sociales et d’impôt sur le revenu dans certaines limites. Quant aux points Agirc-Arrco : une indemnité de départ volontaire, assujettie à cotisations, génère des points complémentaires supplémentaires. Ce n’est pas le cas pour l’indemnité de mise à la retraite, qui en est exonérée.
Le bonus-malus Agirc-Arrco : une règle qui a changé récemment
Depuis 2019, un dispositif dit « bonus-malus » pénalisait les salariés qui liquidaient leur retraite complémentaire Agirc-Arrco au même moment que leur retraite de base à taux plein : ils subissaient une minoration de 10 % sur leur pension complémentaire pendant trois ans, ou jusqu’à leurs 67 ans. Ce mécanisme était censé inciter les seniors à rester en activité. Dans les faits, plus de la moitié des partants concernés l’ont subi, souvent sans même comprendre pourquoi leur pension était amputée.
Bonne nouvelle : ce malus a été supprimé au 1er avril 2024 pour l’ensemble des retraités du secteur privé, suite à un accord des partenaires sociaux signé en octobre 2023. Les salariés qui ont fait liquider leurs droits à compter du 1er décembre 2023 n’y sont plus soumis. En revanche, le bonus reste en vigueur. Repousser son départ au-delà de l’âge du taux plein donne droit à une majoration temporaire de la pension complémentaire : +10 % pour 2 ans de report, +20 % pour 3 ans, +30 % pour 4 ans. Cette bonification est accordée pour une durée d’un an. Un levier de gain direct que très peu de salariés activent sciemment.
Les erreurs à ne pas commettre avant de signer
La première erreur, et la plus fréquente, consiste à ne jamais avoir ouvert sa convention collective. Ce document, auquel vous avez droit sur simple demande à votre employeur ou votre représentant syndical, peut transformer une indemnité de 2 000 € en 8 000 €. Personne ne vous le dira spontanément, ni vos RH, ni votre caisse de retraite.
La seconde erreur est de fixer sa date de départ sans avoir calculé l’impact du bonus Agirc-Arrco. Partir un an trop tôt, c’est passer à côté d’une majoration de 10 % sur votre pension complémentaire pendant un an entier. Sur une pension de 500 € par mois, ça représente 600 € nets. La troisième, souvent liée à la précipitation, c’est de liquider sa retraite complémentaire sans avoir vérifié que la date choisie optimise à la fois la pension de base, la complémentaire, et l’indemnité employeur. Ces trois variables ne s’alignent pas forcément le même mois.
Partir à la bonne date, avec les bons chiffres en main, ça ne s’appelle plus de la chance : ça s’appelle de la préparation.