Vous avez reçu votre relevé de carrière et deux organismes apparaissent côte à côte, sans vraiment d’explication. Vous pensiez avoir une retraite, vous en avez peut-être deux, ou une toute petite. La Carsat et l’Ircantec ne font pas le même travail, ne s’adressent pas tout à fait aux mêmes personnes, et ne calculent pas vos droits de la même façon. Autant comprendre ça maintenant, avant qu’il ne soit trop tard pour agir.
Deux régimes, une seule question : qui vous verse quoi ?
La Carsat (Caisse d’Assurance Retraite et de la Santé au Travail) gère le régime de base de l’Assurance retraite. C’est le socle commun, celui auquel cotisent tous les salariés du secteur privé, mais aussi les agents contractuels de la fonction publique. Elle dépend du régime général de la Sécurité sociale, administré au niveau national par la Cnav.
L’Ircantec (Institution de Retraite Complémentaire des Agents Non Titulaires de l’État et des Collectivités publiques), elle, intervient en complément. Ce régime complémentaire obligatoire est réservé aux agents non titulaires de la fonction publique. Et c’est là où ça devient intéressant : si vous êtes contractuel dans le public, vous cotisez simultanément aux deux. La Carsat pour votre retraite de base, l’Ircantec pour la complémentaire. Deux caisses, deux calculs, un seul bulletin de salaire.
Qui est concerné exactement ?
Vous êtes contractuel à la mairie, en CDD à l’hôpital, vacataire dans une université ? Vous relevez de ce double régime. Plus précisément, sont affiliés à la Carsat au titre du régime de base : les agents contractuels de droit public, les agents de droit privé employés dans des établissements publics, et les fonctionnaires titulaires travaillant à temps non complet, soit moins de 28 heures par semaine. Ces mêmes profils cotisent par ailleurs à l’Ircantec pour leur retraite complémentaire.
Pour y voir clair en un coup d’œil, voici ce qui distingue les deux régimes sur les points essentiels :
| Carsat (régime de base) | Ircantec (régime complémentaire) | |
|---|---|---|
| Public concerné | Salariés du privé, agents contractuels du public, titulaires à temps non complet (< 28h/sem.) | Agents non titulaires de l’État et des collectivités publiques (contractuels, vacataires, auxiliaires) |
| Nature du régime | Retraite de base obligatoire | Retraite complémentaire obligatoire |
| Organisme gestionnaire | Cnav / Carsat (réseau de l’Assurance retraite) | Ircantec, gérée par la Caisse des dépôts et consignations |
| Système de calcul | Trimestres et salaires annuels moyens | Système par points |
Comment se calcule chaque pension ?
Du côté de la Carsat, le calcul repose sur trois variables : le salaire annuel moyen des 25 meilleures années de carrière, la durée d’assurance tous régimes confondus, et un taux qui peut atteindre 50 % au maximum (le taux plein). La formule : salaire annuel moyen x taux x (durée cotisée / durée de référence). Concrètement, chaque trimestre compte.
L’Ircantec fonctionne selon un système de points : vos cotisations vous permettent d’acheter des points tout au long de votre carrière. Au moment du départ en retraite, ces points sont multipliés par la valeur de service du point, fixée à 0,56053 € au 1er janvier 2026, contre 0,55553 € en 2025. Deux tranches de cotisation s’appliquent : la tranche A, sur la part du salaire inférieure au plafond de la Sécurité sociale, et la tranche B, au-delà. Prenons un exemple parlant : un agent ayant accumulé 5 000 points obtiendrait une pension annuelle brute de 5 000 x 0,56053 = 2 802,65 €, soit environ 233 € par mois. Un complément, pas un revenu principal, ce qui souligne toute l’importance de la retraite de base.
Attention à un point souvent ignoré : si vous avez accumulé moins de 300 points à l’Ircantec, vous ne percevrez pas de pension mensuelle. Un capital unique vous sera versé en une seule fois, calculé sur la base du salaire de référence de l’année précédant votre départ. Par exemple, un départ en 2026 avec 150 points donne : 150 x 5,735 € = 860,25 €. Entre 300 et 999 points, la pension est versée annuellement. Au-delà de 1 000 points, elle devient trimestrielle, et mensuelle à partir de 3 000 points.
Les taux de cotisation en face à face
Pour la Carsat, les cotisations vieillesse 2026 au régime général s’établissent à 6,90 % à la charge du salarié et 8,55 % à la charge de l’employeur sur la tranche plafonnée, auxquelles s’ajoutent des cotisations déplafonnées de 0,40 % (salarié) et 2,11 % (employeur) sur la totalité du salaire brut. Ce dernier taux employeur a d’ailleurs augmenté au 1er janvier 2026, passant de 2,02 % à 2,11 %.
Du côté de l’Ircantec, les taux ont également été revus à la hausse au 1er janvier 2026. Sur la tranche A, la part salariale est de 2,84 % et la part patronale de 4,27 %. Sur la tranche B, ces taux montent à 7,06 % pour le salarié et 12,75 % pour l’employeur. Ce déséquilibre entre part salariale et part employeur n’est pas anodin : en 2024, 85 % des cotisations perçues par l’Ircantec provenaient des employeurs publics. C’est la collectivité qui finance largement votre complémentaire, ce qu’on oublie souvent de souligner.
Décote, surcote : les règles du jeu
Les deux régimes partagent la même logique : partir tôt, c’est perdre ; rester plus longtemps, c’est gagner. À l’Ircantec, la décote fonctionne par tranches. Pour les 12 premiers trimestres manquants, elle est de 1 % par trimestre. À partir du 13e trimestre manquant, elle passe à 1,25 %. À titre d’illustration, un départ à 60 ans avec 2 000 points peut se traduire par une décote de 34,25 % sur la pension. On ne parle pas d’un ajustement à la marge, mais d’un tiers de la pension évaporé.
La surcote récompense ceux qui patientent. Elle se décompose en deux mécanismes distincts : une majoration de 0,625 % par trimestre accompli au-delà de l’âge légal lorsque vous justifiez du taux plein, plafonnée à 67 ans, puis une majoration de 0,75 % par trimestre au-delà de cet âge d’annulation de la décote. Ces pourcentages peuvent paraître modestes, mais sur plusieurs années, ils transforment significativement le montant final. Rester actif deux ans de plus ne relève pas seulement d’un choix de vie, c’est souvent une décision financière lourde de conséquences.
Carrière mixte : quand vous avez cotisé des deux côtés
C’est le cas le plus fréquent, et le moins bien compris. Vous avez commencé en CDI dans le privé, puis vous avez rejoint la fonction publique comme contractuel ? Ou l’inverse ? Vos droits s’accumulent dans les deux régimes, mais ils ne fusionnent pas. Chaque caisse liquide ses droits de son côté, selon ses propres règles, et potentiellement à des dates différentes. Vous pouvez très bien avoir atteint le taux plein à la Carsat sans avoir encore les conditions requises pour liquider vos points Ircantec dans les meilleures conditions.
Une fois à la retraite, le cumul emploi-retraite reste possible, à condition d’avoir liquidé toutes vos pensions de base et complémentaires, françaises comme étrangères. Si vous reprenez une activité, vous pouvez même générer de nouveaux droits depuis le 1er janvier 2023. Mais attention : en cas de retour chez votre dernier employeur, un délai minimum de six mois s’impose pour que cette reprise ouvre de nouveaux droits. C’est souvent à ce carrefour des carrières mixtes que les erreurs de calcul se glissent, parfois sans que personne ne s’en aperçoive avant le moment de liquider.
Ce que votre relevé de carrière ne vous dit pas
Votre relevé de carrière agrège vos périodes de cotisation, régime par régime. Ce qu’il ne fait pas, c’est vous expliquer pourquoi deux profils quasi identiques peuvent percevoir des pensions très différentes selon qu’ils ont cotisé davantage à l’Ircantec ou à la Carsat, ou selon qu’ils ont liquidé au bon moment. La valeur du point Ircantec évolue chaque année : +2,2 % au 1er janvier 2025, puis +0,9 % au 1er janvier 2026. Ces revalorisations, alignées sur le régime général depuis 2013, préservent partiellement le pouvoir d’achat, mais elles ne compensent pas les effets d’une décote subie faute d’information.
Pour avoir une vision consolidée de l’ensemble de vos droits, tous régimes confondus, la plateforme info-retraite.fr reste la référence. Elle centralise vos données et vous permet d’estimer votre future pension selon différents scénarios de départ. Consulter cet espace régulièrement, au moins tous les cinq ans, n’est pas une démarche administrative de plus : c’est une forme de vigilance. Votre retraite ne sera pas la somme de vos cotisations. Elle sera le reflet de ce que vous avez compris à temps.