Chaque printemps, c’est la même histoire : vous ouvrez votre déclaration, vous regardez le montant de votre pension, et vous ne comprenez pas tout à fait pourquoi votre impôt ne colle pas avec ce que vous attendiez. La fiscalité des retraites est un terrain que peu maîtrisent vraiment, et l’administration ne fait pas grand-chose pour simplifier. En 2025, le gouvernement a tenté de supprimer l’abattement de 10 % sur les pensions pour le remplacer par un forfait fixe de 2 000 € : une réforme finalement rejetée à l’Assemblée nationale, qui a semé l’inquiétude chez des millions de retraités. Bonne nouvelle : en 2026, l’abattement de 10 % est maintenu, revalorisé, et les deux dispositifs restent cumulables.
Ce que l’abattement fiscal sur les retraites change vraiment
L’abattement de 10 % ne touche pas le montant de votre pension versée. Il réduit la base imposable déclarée au fisc, c’est-à-dire le revenu sur lequel votre impôt est calculé. Ce mécanisme existe depuis 1978 et s’applique automatiquement, sans démarche de votre part : l’administration fiscale le déduit directement lors du traitement de votre déclaration.
Ce que beaucoup ignorent, c’est l’effet en cascade sur votre revenu fiscal de référence (RFR). Ce chiffre ne sert pas qu’à calculer l’impôt sur le revenu : il conditionne votre taux de CSG, votre accès à des exonérations de taxe foncière, et l’attribution de nombreuses aides sociales. En d’autres termes, un abattement bien compris peut vous faire économiser bien au-delà d’une simple ligne sur votre avis d’imposition.
Les pensions concernées (et celles qui ne le sont pas)
L’abattement de 10 % s’applique à un large périmètre de revenus de remplacement. Voici les revenus de pension qui entrent dans le calcul :
- La retraite de base (Sécurité sociale)
- Les retraites complémentaires (AGIRC-ARRCO, etc.)
- Les pensions d’invalidité
- Les pensions de réversion
- Les rentes viagères à titre gratuit imposables
En revanche, certains revenus sont exclus du dispositif. L’ASPA (Allocation de Solidarité aux Personnes Âgées), l’ASI et les allocations du minimum vieillesse sont exonérées d’impôt sur le revenu : elles n’entrent donc pas dans cette mécanique. Même chose pour les capitaux issus d’un Plan d’Épargne Retraite (PER) : lors du déblocage en capital, ils ne bénéficient pas de l’abattement de 10 %, contrairement aux sorties en rente.
Le calcul concret de l’abattement en 2026
Le principe est simple : le fisc applique 10 % sur le montant brut de vos pensions, avec deux bornes. Le plancher est fixé à 454 € par pensionné, ce qui protège ceux qui perçoivent de faibles pensions. Le plafond est de 4 439 € par foyer fiscal, revalorisé de +0,9 % pour 2026. Ces seuils s’entendent sur l’ensemble du foyer, tous pensionnés confondus.
Deux exemples pour ancrer le calcul dans la réalité :
| Montant annuel de pension | Abattement appliqué | Revenu imposable retenu |
|---|---|---|
| 18 000 € | 1 800 € (10 %) | 16 200 € |
| 50 000 € | 4 439 € (plafond atteint) | 45 561 € |
Pour une pension de 50 000 € par an, l’abattement théorique serait de 5 000 €, mais le plafond légal s’applique à 4 439 €. Au-delà de 44 390 € de pension annuelle par foyer, l’économie fiscale cesse de progresser.
L’abattement spécial pour les retraités modestes de plus de 65 ans
Il existe un second abattement, bien moins connu, prévu à l’article 157 bis du Code général des impôts. Cumulable avec le premier, il s’adresse aux retraités de plus de 65 ans au 31 décembre 2025, ainsi qu’aux personnes titulaires d’une pension d’invalidité (militaire ou accident du travail) à un taux égal ou supérieur à 40 %, ou de la carte mobilité inclusion mention « invalidité ». Son montant s’applique non pas sur la pension, mais sur le revenu net global du foyer.
Les montants 2026, revalorisés de +0,9 %, sont les suivants :
| Situation | Revenu net global ≤ 17 670 € | Revenu entre 17 670 € et 28 430 € | Au-delà de 28 430 € |
|---|---|---|---|
| Personne seule (1 éligible) | 2 822 € | 1 411 € | 0 € |
| Couple (1 membre éligible) | 2 822 € | 1 411 € | 0 € |
| Couple (2 membres éligibles) | 5 644 € | 2 822 € | 0 € |
Ce dispositif reste l’un des avantages fiscaux les plus ignorés des retraités modestes. Un couple où les deux conjoints ont plus de 65 ans peut ainsi effacer jusqu’à 5 644 € de revenu imposable, avant même de compter l’abattement de 10 % sur les pensions. Dans certains cas, le cumul des deux abattements suffit à faire passer le foyer sous le seuil d’imposition.
La tentative de réforme 2026 et ce qu’elle aurait changé pour vous
Dans le projet de loi de finances pour 2026, le gouvernement avait introduit l’article 6, prévoyant de remplacer l’abattement de 10 % par un forfait fixe de 2 000 € par pensionné. L’argument avancé : le système actuel serait « anti-progressif », puisque plus les pensions sont élevées, plus l’économie fiscale est grande. La ministre de l’Action et des Comptes publics estimait que la mesure permettrait à 15 à 20 % des retraités de payer moins d’impôts.
Ce que le gouvernement ne mettait pas en avant, c’est l’autre face du calcul. Pour tout retraité percevant plus de 20 000 € par an, le forfait de 2 000 € aurait été inférieur aux 10 % actuels. Un célibataire avec 30 000 € de pension annuelle aurait subi une hausse d’impôt de 110 € à 450 € selon sa tranche, simplement parce que son abattement serait passé de 3 000 € à 2 000 €. Le Sénat, lui, avait proposé une voie médiane : conserver le mécanisme des 10 %, mais en plafonnant à 3 000 € au lieu de 4 439 €. Une mesure moins brutale, mais qui aurait tout de même touché les foyers dont les pensions dépassent 30 000 € par an.
Le 13 novembre 2025, l’Assemblée nationale a voté la suppression de cet article à 213 voix contre 17, portée par des groupes aussi disparates que le RN, LFI, la Droite républicaine et les Écologistes. Seul le groupe Horizons a majoritairement soutenu le gouvernement. La suite du processus budgétaire, puis l’adoption via 49.3 en janvier 2026, a confirmé le maintien intégral de l’abattement de 10 %.
Comment optimiser sa déclaration avec ces abattements
Le premier réflexe, souvent négligé, consiste à surveiller son revenu fiscal de référence avec attention. Ce chiffre influe directement sur le taux de CSG applicable à vos pensions : exonération totale sous 13 048 € pour une part, taux réduit de 3,8 % jusqu’à 17 057 €, taux médian de 6,6 % au-delà. Une légère augmentation de pension peut suffire à basculer d’un palier à l’autre, entraînant une hausse de prélèvements qui dépasse parfois le gain tiré de la revalorisation elle-même. Si votre revenu global frôle l’un de ces seuils, un examen attentif de vos autres revenus (placements, locations) peut s’avérer utile avant la clôture de l’année fiscale.
Sur la question du Plan d’Épargne Retraite, un point mérite d’être anticipé avant le départ à la retraite : si vous choisissez une sortie en capital, les sommes issues du PER ne bénéficient pas de l’abattement de 10 %. Ce n’est pas un oubli, c’est une règle légale qui peut alourdir sensiblement la facture fiscale l’année du déblocage. Opter pour une sortie en rente viagère reste la seule façon de profiter de l’abattement sur ce type d’épargne.
Si votre foyer cumule plusieurs pensions, des revenus locatifs, ou si l’un des conjoints perçoit encore des revenus d’activité, les interactions entre abattements, tranches et prélèvements sociaux deviennent rapidement complexes. Dans ce cas, consulter un conseiller fiscal n’est pas un luxe : c’est un investissement qui se rentabilise souvent dès la première déclaration.
L’abattement fiscal, c’est l’un des rares endroits où le fisc vous donne quelque chose sans que vous le demandiez. Encore faut-il savoir exactement ce qu’il vous donne.