Vous avez entendu parler de la suspension de la réforme des retraites, mais vous n’êtes toujours pas certain si ça vous concerne vraiment ? Vous n’êtes pas seul. La question revient partout, dans les conversations de famille, les discussions de bureau, les forums en ligne. Et la réponse est moins évidente qu’elle n’y paraît : tout dépend de votre année de naissance, parfois même de votre trimestre de naissance. Quelques mois d’écart peuvent faire une vraie différence sur votre âge de départ et le nombre de trimestres à valider. Voici ce que vous devez savoir, sans détours.
La réforme de 2023 : ce qu’elle prévoyait avant d’être gelée
La réforme portée par Élisabeth Borne en 2023 avait un objectif clair, et impopulaire : repousser l’âge légal de départ à la retraite de 62 à 64 ans, à raison de trois mois supplémentaires par génération, à partir des personnes nées en 1961. En parallèle, la durée de cotisation requise pour bénéficier d’une retraite à taux plein devait passer à 172 trimestres, soit 43 ans, d’ici 2027. Découvrez également âge légal de départ pour approfondir le sujet.
Sans cette suspension, des millions de Français auraient dû travailler significativement plus longtemps que leurs parents. Ce n’était pas une réforme populaire, c’est un fait politique que personne ne conteste sérieusement. Elle a déclenché l’un des mouvements sociaux les plus massifs de ces dernières décennies, et sa mise en pause n’est donc pas une surprise idéologique, elle est le fruit d’un rapport de force qui a fini par s’imposer.
Pourquoi cette suspension, et comment elle a été votée
Le 14 octobre 2025, lors de son discours de politique générale à l’Assemblée nationale, le Premier ministre Sébastien Lecornu a créé la surprise en annonçant la suspension de la réforme jusqu’à l’élection présidentielle de 2027. Ce n’était pas un geste spontané : c’était un compromis assumé avec le Parti socialiste, qui menaçait de déposer une motion de censure. En échange de ce gel, le PS a renoncé à voter la censure, permettant au gouvernement de survivre.
La mesure a été formellement intégrée au projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2026, adopté définitivement par l’Assemblée nationale le 16 décembre 2025. La suspension est applicable jusqu’au 1er janvier 2028. Ce point mérite d’être dit clairement : il ne s’agit pas d’une abrogation. La réforme n’a pas été supprimée, elle a été mise en pause. Ce sont deux choses très différentes, et la nuance aura des conséquences concrètes pour des millions de personnes après 2027.
Les générations qui ne bougent pas
Avant d’annoncer les bonnes nouvelles, soyons honnêtes sur qui n’est pas concerné. Les personnes nées avant 1964 ne bénéficient d’aucun changement : leur âge de départ était déjà fixé avant l’entrée en vigueur du relèvement, elles ne gagnent rien, ne perdent rien. À l’autre bout du spectre, les personnes nées à partir de 1969 restent soumises aux conditions initiales de la réforme : 64 ans d’âge légal et 172 trimestres requis. La suspension ne les touche pas.
Beaucoup de lecteurs attendent une bonne nouvelle qui ne les concerne pas. Mieux vaut le savoir maintenant plutôt que de découvrir le pot aux roses en consultant son relevé de carrière. La génération 1963, elle, sert de référence : elle reste à 62 ans et 9 mois, avec 170 trimestres, sans modification.
Les générations vraiment gagnantes : 1964-1968
Voici le cœur du sujet. Les personnes nées entre 1964 et 1968 sont les principales bénéficiaires de la suspension. Elles peuvent partir entre trois et six mois plus tôt que ce que prévoyait la réforme de 2023, avec un nombre de trimestres requis réduit selon leur année de naissance. Un cas se distingue particulièrement : les personnes nées au 1er trimestre 1965 bénéficient exactement des mêmes conditions que la génération 1964, soit un départ à 62 ans et 9 mois avec seulement 170 trimestres. C’est l’avantage maximal offert par la suspension. Vous pourriez aussi être intéressé par nées entre 1964.
Le tableau ci-dessous récapitule les conditions applicables à chaque génération concernée, à compter du 1er septembre 2026 :
| Année de naissance | Âge légal avec suspension | Trimestres requis | Gain par rapport à la réforme 2023 |
|---|---|---|---|
| 1963 (référence) | 62 ans et 9 mois | 170 | Pas de changement |
| 1964 | 62 ans et 9 mois | 170 | 3 mois gagnés sur l’âge, 1 trimestre de cotisation en moins |
| 1965 (1er trimestre) | 62 ans et 9 mois | 170 | 6 mois gagnés sur l’âge, 2 trimestres de cotisation en moins |
| 1965 (2e au 4e trimestre) | 63 ans | 171 | 3 mois gagnés sur l’âge, 1 trimestre de cotisation en moins |
| 1966 | 63 ans et 3 mois | 172 | 3 mois gagnés sur l’âge |
| 1967 | 63 ans et 6 mois | 172 | 3 mois gagnés sur l’âge |
| 1968 | 63 ans et 9 mois | 172 | 3 mois gagnés sur l’âge |
| 1969 et après | 64 ans | 172 | Aucun |
Les cas particuliers : carrières longues, fonction publique, Mayotte
C’est souvent l’information que les articles généralistes passent sous silence. La suspension ne concerne pas que les régimes classiques. Elle s’étend aux catégories actives et super-actives de la fonction publique : aides-soignants, policiers, sapeurs-pompiers, contrôleurs aériens ou encore militaires ayant accompli plus de 15 ans de service. Les infirmiers ayant exercé leur droit d’option pour la catégorie A sont également inclus. À partir du 1er septembre 2026, ces profils gagnent un trimestre supplémentaire sur leur âge de départ anticipé.
Les dispositifs de carrières longues, d’inaptitude et d’invalidité bénéficient aussi de l’assouplissement. Les assurés concernés pourront profiter de la réduction de la durée d’assurance prévue pour leur génération. La mesure est également étendue aux régimes spécifiques de Mayotte et Saint-Pierre-et-Miquelon, qui suivent un calendrier distinct depuis la loi de financement de la Sécurité sociale 2024. Selon le ministre du Travail, ces nouvelles catégories représentent plus de 20 % d’une génération, ce qui est loin d’être négligeable.
Ce que ça change concrètement pour votre départ
Attention à un malentendu fréquent : atteindre l’âge légal de départ ne suffit pas. Pour partir à taux plein, il faut aussi avoir validé le nombre de trimestres requis pour sa génération. La suspension allège les conditions, elle ne les supprime pas. Les bonifications liées aux enfants ou au service militaire, les périodes de chômage, de maladie, ou les carrières à temps partiel continuent de jouer sur le calcul final de votre pension. Vous pourriez aussi être intéressé par atteindre l'âge légal.
Un exemple concret : un salarié né en 1964 qui envisage de partir en octobre 2026 devra justifier de 170 trimestres, contre 171 initialement prévu. Ce n’est pas symbolique : pour ceux dont la carrière comporte des lacunes, ce trimestre évité peut faire la différence entre partir à temps ou décaler son départ de plusieurs mois. Pour calculer précisément votre situation, le portail officiel info-retraite.fr permet de simuler votre départ en tenant compte de l’ensemble de votre carrière.
Un sursis, pas une abrogation : ce qui reste incertain
La suspension prend fin le 1er janvier 2028. Passé cette date, rien n’est écrit. La Cour des comptes a estimé que bloquer l’âge de départ à 63 ans coûterait 13 milliards d’euros d’ici 2035 pour les finances publiques, dont 5,8 milliards pour le seul système de retraite. Sans nouvelle réforme, le déficit total de tous les régimes pourrait atteindre 15 milliards d’euros en 2035, selon ses projections. Ces chiffres ne laissent guère de doute sur la suite : une remise à plat du système est inévitable, et l’élection présidentielle de 2027 sera déterminante pour sa forme.
On n’a pas aboli la réforme des retraites. On lui a accordé un sursis, et ce sursis a une date d’expiration.