Né en 1964 : âge de départ et durée de cotisation

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Vous pensiez avoir compris les règles ? Elles ont encore bougé, mais cette fois, dans votre sens. Si vous êtes né en 1964, vous faites partie d’une génération qui a passé quarante ans à voir le sol se dérober sous ses pieds à chaque réforme. Balladur, Fillon, Touraine, Macron… À chaque décennie, un trimestre de plus, un âge repoussé, une règle changée. Et voilà qu’en décembre 2025, la suspension de la réforme Borne redistribue les cartes. Pas de quoi sabler le champagne, mais au moins, les conditions sont désormais fixées, et elles vous sont légèrement plus favorables qu’attendu.

Ce que la suspension de la réforme change vraiment pour vous

La loi de suspension de la réforme Borne, votée le 16 décembre 2025, a modifié le calendrier qui s’appliquait à la génération née en 1964. Concrètement, votre âge légal de départ passe à 62 ans et 9 mois, contre 63 ans qui étaient prévus dans le texte de 2023. La durée de cotisation requise pour obtenir le taux plein est fixée à 170 trimestres, soit 42 ans et 6 mois, au lieu des 171 trimestres initialement exigés.

Ce n’est pas une révolution. Un trimestre gagné sur l’âge, un trimestre de moins à cotiser : le gain est modeste mais bien réel. Pour ceux qui arrivent à la limite de leurs trimestres, cette différence peut représenter plusieurs semaines de liberté retrouvée. Ce n’est pas rien, surtout après des décennies d’incertitude.

Âge légal, taux plein, décote : les trois notions à ne pas confondre

Ces trois termes circulent dans toutes les conversations sur la retraite, et pourtant, beaucoup les utilisent à tort. L’âge légal de départ, soit 62 ans et 9 mois pour votre génération, est simplement le plancher en dessous duquel vous ne pouvez pas liquider votre retraite, sauf dispositifs spécifiques comme la carrière longue. C’est une barrière d’entrée, pas une garantie de pension correcte. Découvrez également âge légal de départ pour approfondir le sujet.

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Le taux plein, lui, désigne les conditions à réunir pour que votre pension ne soit pas amputée. Au régime général, ce taux plein correspond à 50 % du salaire annuel moyen calculé sur vos 25 meilleures années de carrière. Pour l’atteindre, il faut soit avoir validé vos 170 trimestres, soit attendre vos 67 ans, quel que soit le nombre de trimestres accumulés.

Si vous partez avant d’avoir rempli ces conditions, la décote entre en jeu : 0,625 % de réduction par trimestre manquant, dans la limite de 20 trimestres. Cela peut représenter jusqu’à 25 % de pension en moins, une pénalité qui grève durablement vos revenus de retraite. Il vaut donc mieux savoir exactement où vous en êtes avant de prendre une décision.

Les 170 trimestres décortiqués : ce qui compte vraiment

Pour situer la génération 1964 dans son contexte, voici les conditions applicables aux années de naissance voisines, telles qu’elles résultent de la suspension de la réforme Borne :

Année de naissanceÂge légal de départTrimestres requis pour le taux pleinÉquivalent en années
196362 ans et 6 mois169 trimestres42 ans et 3 mois
196462 ans et 9 mois170 trimestres42 ans et 6 mois
196563 ans172 trimestres43 ans

Tous ces trimestres ne se valent pas. On distingue les trimestres cotisés, ceux pour lesquels vous avez effectivement versé des cotisations à un régime de retraite, et les trimestres assimilés, qui correspondent à des périodes indemnisées sans cotisation directe : maladie, chômage, maternité, invalidité, service national. Ces derniers sont bien pris en compte pour le taux plein au régime général, mais avec des plafonds stricts.

Pour le dispositif carrière longue, les trimestres assimilés sont acceptés dans une limite de 4 trimestres maximum par catégorie : chômage indemnisé, maladie et accidents du travail, service national, assurance vieillesse des parents au foyer. Seules les périodes de maternité et d’invalidité bénéficient de conditions légèrement différentes. Ces plafonds sont souvent ignorés, et ils peuvent fausser complètement votre estimation personnelle si vous les comptabilisez sans tenir compte des restrictions.

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Carrière longue : partir bien avant 62 ans et 9 mois

Si vous avez commencé à travailler jeune, vous n’êtes peut-être pas obligé d’attendre 62 ans et 9 mois. Le dispositif de retraite anticipée pour carrière longue permet de partir plus tôt, et beaucoup de personnes nées en 1964 y sont éligibles sans le savoir. La condition de base : avoir cotisé un certain nombre de trimestres avant un âge seuil, en tout début de carrière. Notre article sur retraite anticipée pour carrière longue complète parfaitement cette lecture.

Voici les seuils qui s’appliquent à votre génération. Le texte introductif est important : pour chaque seuil, vous devez avoir validé 5 trimestres avant l’âge concerné (ou 4 trimestres si vous êtes né entre le 1er octobre et le 31 décembre 1964), tous régimes confondus.

  • Début d’activité avant 16 ans : départ possible dès 58 ans, sous réserve d’une durée totale cotisée suffisante
  • Début d’activité avant 18 ans : départ possible dès 60 ans, avec un nombre de trimestres cotisés spécifique à votre situation
  • Début d’activité avant 20 ans : départ possible dès 62 ans, avec un volume de trimestres cotisés adapté

Les durées exactes de cotisation requises varient selon votre date de naissance précise et votre âge de départ souhaité. Le simulateur disponible sur le site lassuranceretraite.fr vous permet d’obtenir votre situation personnelle en quelques minutes. Ne présumez pas de votre inéligibilité avant d’avoir vérifié : une carrière débutée à 19 ans, par exemple, peut suffire à ouvrir des droits que vous n’imaginez pas.

Partir en 2026 ou attendre : ce que les chiffres disent

Nés en 1964, vous atteignez votre âge légal de départ en 2026 ou 2027 selon votre trimestre de naissance. La question du timing n’est pas anodine. Si vous n’avez pas encore vos 170 trimestres, continuer à travailler vous permet d’éviter la décote et de vous rapprocher du taux plein. Mais si vous avez déjà validé vos trimestres, travailler au-delà vous ouvre droit à la surcote : 1,25 % de pension supplémentaire par trimestre travaillé au-delà du seuil du taux plein.

Prenons un exemple concret. Si vous différez votre départ de 4 trimestres supplémentaires après avoir rempli toutes les conditions, vous augmentez votre pension de base de 5 % (4 × 1,25 %). Sur une pension brute de 1 500 euros par mois, cela représente 75 euros mensuels de plus, soit près de 900 euros annuels. Sur vingt ans de retraite, le calcul parle de lui-même. Mais si votre santé est fragile ou votre usure professionnelle réelle, rester deux ans de plus pour gagner 5 % peut coûter davantage que ce que vous en retirerez. Il n’y a pas de réponse universelle, seulement votre situation.

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Les démarches concrètes à enclencher dès maintenant

La première action à mener, sans attendre, est de consulter votre relevé de carrière sur le site lassuranceretraite.fr, accessible depuis votre espace personnel Info Retraite. Ce document récapitule l’intégralité de vos périodes professionnelles et permet de vérifier que vos trimestres sont bien comptabilisés. Des erreurs ou des oublis y sont fréquents, notamment pour les emplois exercés tôt dans la carrière, les périodes en interim ou les trimestres à l’étranger. À partir de 55 ans, vous pouvez signaler toute anomalie directement en ligne via le service « Corriger ma carrière ».

Une fois votre relevé vérifié, utilisez le simulateur officiel « Mon estimation retraite » pour projeter le montant de votre pension à différentes dates de départ. Sur le plan administratif, la demande de retraite doit être déposée 4 à 6 mois avant la date souhaitée. Vous aurez besoin de votre relevé de carrière à jour, d’une pièce d’identité, d’un relevé d’identité bancaire et, selon votre situation, des justificatifs de périodes spécifiques (maternité, maladie longue durée, carrière à l’étranger). Ne laissez pas traîner ces démarches : un dossier incomplet peut retarder le versement de votre première pension de plusieurs mois.

Ce que personne ne vous dit sur la retraite en 1964

Il y a quelque chose d’assez singulier dans le parcours de cette génération. Entrés sur le marché du travail au début des années 1980, les nés en 1964 ont cotisé sous les règles de la réforme Balladur de 1993, puis vu ces règles se durcir avec Fillon en 2003, encore avec Touraine en 2014, et une dernière fois avec Macron en 2023. À chaque fois qu’ils approchaient de la ligne d’arrivée, on la reculait. Ce n’est pas une impression : c’est une réalité documentée, chiffrée, et vécue.

La suspension de la réforme Borne est présentée comme une victoire. On peut comprendre l’enthousiasme des syndicats, mais soyons clairs : récupérer un trimestre sur une carrière de plus de quarante ans, c’est un soulagement, pas une réparation. Cette génération a été la variable d’ajustement de chaque gouvernement qui cherchait à équilibrer un système sans jamais vouloir en partager le coût autrement que sur le dos des actifs.

Ce qui compte aujourd’hui, c’est de ne pas subir une règle de plus passivement. Vérifiez votre relevé, faites vos simulations, anticipez vos démarches. Né en 1964, vous n’avez pas eu la chance d’avoir des règles stables, mais vous avez au moins le droit de partir en connaissant enfin les vôtres.

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